Hypérion.
Dans les plis du ventre de la nuit
Dort l’instant fugace au joli nom
Qu’on appelle l'aurore.
- Sors ! Fontanelle irradiante
Dessine la braise, nous rôtissons,
Et oins nos peaux d’or !
Trentenaire à l’aplomb, tu
Consumes tout, tous suspendus
À tes lèvres.
Sage dans ta chute lente,
Doux et frais, plein d’effroi
Tu es mort.
Tes cris du centre
De la nuit hantent
La belle
Auro-
Rê.
Je me souviens !
Je ne sais plus compter les lunes et ses quartiers
qui circulent. Combien de matins d’été, d’hiver ?
Comme une seule aube grande qui s’étire, un entier
crépuscule. Aux bras longs innombrables, faits divers.
Semblables enlacés d’un même souffle froid qui
s’accumulent. Comment les appeler : numéros !
De cette brume abominable, draps sans pli,
pellicule. Je m’extirpais enfin : an zéro !
Je t’ai vu ce matin, je me souviens : quel beau
préambule. Ma mémoire a jeté l’ancre enfin !
Une pensée précise pour chaque geste et chaque mot
funambule. Sur le fil je trace demain, demain…
Magnésium magnétique imprime
combien je t’aime sur mon chemin.
L'éphémère.
Ses ailes sont blanches et diaphanes,
Son souffle, bref ’ et gazeux.
C’est le temps d’un geste joyeux
Qu’il règne, se penche et se fane.
Dans le jour il s’éveille, meurt avant la nuit,
Mais sourit dans son râle paisible.
Aussi courte qu’elle fût merveilleuse, sa vie
Au corps de stupr’ a l’âme fébrile.
A peine d’être, com’ calciné il n’est plus ;
Son aube enveloppa son crépuscule.
Il s’en moqu’, la têt’ pleine, fasciné il a vu
Que ton dos et tes jambes ambrées de Vénus brûlent.
La carpe.
Mes comparses se voûtent
Leurs dos épousent les courbes de l’horizon
Avec dans l’OEil des compas.
Au gré des saisons, des monarques
Ils plantent et savourent les épines
D’une douleur lente, sourde et opaque, ils ont
Le dos courbé mais ne baissent pas l’échine.
Le teint bossu et muet - et c’est la carpe qui parle -
Leurs gestes s’attardent
Dans le bassin osseux d’une piscine
De la taille d’un métatarse,
À l’origine un vagin odieux et plissé.
Ce sont des épiciers
De dangereux assassins silencieux
Confinés dans une officine.
Ils manquent de corps et de jambe comme du mauvais vin,
Que tous consommeront ensembles
Fuyant les angles et les longs sommes,
Ce sont de bons hommes ronds qui scandent des mots éteints.
L'araignée.
Douceur et mots tendres, tout’ pensée resplendit,
Délices des jours heureux de notre bel été,
Intérieur aéré, lumineux et serein,
Fenêtre ouverte de septembre.
Galopante, insidieuse aux huit enjambées,
Rampante, vicieuse, velue, l’araignée
S’introduit, s’immisce, se terre.
Si loin des peurs enivrantes, j’étais alors
Léger. Tu volais de ton esprit libre,
Mon lit était alors un nid, pas une cage.
Par la fenêtre elle entre, elle entre.
Arrogante, menace mal aimée,
Hydre aux pattes repoussantes
Phénix renaissant de tes cendres, calcinées.
Heureux de tes rires immenses, aimant, libre,
Épris de ces danses qui te voit tournoyer :
C’était si simple et si pur et si limpide,
Comm’ cette innocente ouverture.
Sans crier garde ! Je l’ai vu sur mon genou,
Huit yeux, huit pattes, huit bouches
Qui me parl’, me touch’, me regardent.
J’ai fixé ces regards plutôt que tes cils,
Et ceux d’en face et ceux de dehors. Intrigués
Ils t’observaient comme on admire le soleil ;
J’ai fermé fenêtre et rideaux.
Élégante, frêle ballerine,
Ta robe noire, tes jambes fines
Je les présage venant des ténèbres.
Intérieur sombre et clos, touffeur abominable.
Tu suffoques et tombes, ton souffle se coupe ;
Ma barbe bleue est ignoble et mon amour douteux.
Tes rayons te consument, éteinte.
Oh ! Deneb aux bords de ce lac de larmes,
Belle veuve, tu n’est pas ce cygne
Noir. Je suis fou, je t’assassine.
Du courant d’air venait la fraîcheur de tes joues,
Douce arachnide, ta soie ne voulait que caresse,
Étrangère, j’ai dressé des cloisons hermétiques ;
Mort, sans air, sur la dépouille de ma vie joyeuse.
Les larmes du Cocyte.
Paupières frénétiques,
aux clins d’yeux imperceptibles,
égarent leurs bagages
aux rivages des lagunes lacrymales.
Humeurs désertiques
à la soif inextinguible,
vitrage dépoli,
horizon de brumes matinales.
Iris laconiques,
Styx aux spectres délébiles,
palettes pauvres et pâles
t’indifférent les lumières opalines.
Pupilles sardoniques,
portes infernales, j’oscille
au bord d’une spirale
vers un empyrée ultramarin.
Rétines amnésiques,
miroir sans teint sans reflet
flaque léthéenne
Narcisse se penchant tombe et se peine.
Les yeux magiques.
Paupières messianiques
aux clins d’yeux indélébiles,
qui tintinnabulent
aux rivages des lagunes lacrymales.
Humeurs aquatiques
qui scintillent au flot des cils,
bouclier de bulles,
horizon léger et matinal.
Iris mélodiques,
cercle aux danses merveilleuses,
noisettes tendres
qui me conduisent à pas souples et lents.
Pupilles hypnotiques,
aunes aux caresses délicieuses
qui m’appellent au centre
puits de promesses au souffle entraînant.
Rétines prophétiques,
reflets de toi l’inconnu,
forme nourrissante
dont je me délecte dès l’aube nue.
Inside.
Être de guingois qu’une Terre concave a vu sourdre
De ses encoignures anfractueuses et scoriacées,
Petit caillou au coeur adamantin de gemme,
En toi ce gouffre qui te lie mais toi, forclos,
Pour emplir ce vide, tu vas sauter sans y voir,
Dans ce lacis de rets sibyllin : la parole.
Cesse de louvoyer tu n’as pas d’autre choix
Que voyager sans obole aux heures vespérales.
Milles Plateaux.
Il a bien fallu que je m’abandonne
Car rien rien ne manquait, rien au dehors.
Ne sais pas qui je suis, était, serai.
N’ai de voyage que le désir au fond.