Dans Le Tableau

Dispositif d'une projection

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J’avais plié mon doigt et l’écran l’avait plié une infinité de fois. Avec un décalage qui se reportait, toujours plus grand. Un différé. Et tandis que mes mains avaient continué à s’agiter, mon regard s’était promené d’écran à écran, et, pouvait pour un écran donné prédire l’avenir des doigts de cet écran qui s’agitaient à la suite des miens. J’avais l’impression de tisser le fil de vie des doigts des écrans. Je compris que ce que je voyais était le déroulement du temps et qu’infiniment, au-delà de ma perception, au-delà de la définition de mon écran, une histoire du présent de mes doigts s’agitant, conjuguée au passé, se propagerait dans l’avenir. Je n’avait eu plus qu’une obsession : pourchasser ce passé fuyant. Je ne pouvais pas me contraindre à lui laisser la seule capacité à habiter chaque strate du temps, et puisque ce corridor ne laissait entrer que le passé, puisque les histoires sont elles mêmes du passé, je décidais de créer une histoire où ces passés pourraient se poursuivre.

Pliage, Tournage, Flipage - le film

L'Interdispositif

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Le temps de la lecture et le temps du récit semblent se rejoindre. Pourtant aussi nombreuses que soient les images-poses qui tentent de restituer l’action-récit, elles sont toujours insuffisantes, il manque toujours du temps. Ce temps qui manque, c’est celui qui n’a pu être saisi par les images, mais qui s’est glissé entre elles et que vous libérez en manipulant, en agissant, en lisant. C’est le gérondif, le présent qui sommeille dans nos livres fermés, dans nos films embobinés. La littérature n’est que lecture, le cinéma que projection. Le temps, lui, nous attend.